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Eric Piolle

Séminaire UMA Eau et Agriculture

By Eau

Nous, élu.es du groupe UMA, étions à Quaix-en-Chartreuse en septembre pour travailler sur la question du partage de la ressource en eau, ainsi que sur les besoins en eau de l’agriculture locale. Une journée riche qui nous a permis dans un premier temps d’échanger avec d’autres élu.es locaux, puis de travailler ces questions avec l’aide de la Confédération Paysanne et l’association ARRA2.

La vidéo « Trames Vertes & Bleues : La vie au cœur des territoires » réalisée par l’Association Rivière Rhône Alpes Auvergne.

Lors de ce séminaire, Isabelle Hibon, maraichère en Isère et référente « eau »pour la Confédération Paysanne, Jacques Pasquier, céréalier en Vienne, et Julien Bigué, directeur de l’ARRA2, ont partagé leurs expertises avec les élu.es.

Alors que la question des ressources en eau est à la Une de l’actualité, les élu.es du groupe UMA continuent à travailler pour garantir le respect du cycle de l’eau et sa préservation.

Crédits photo : Gurliat Dilan

Discours de lancement de Grenoble Capitale Verte de Eric Piolle – 15 janvier 2022

By Capitale verte, Climat

Madame la Ministre,

Monsieur le Préfet,

Messieurs les Maires de Lahti, Essen et Winterswijk,

Mesdames et Messieurs les parlementaires de l’Isère,

Madame la Vice-Présidente du Département,

Monsieur le Président de Grenoble-Alpes Métropole,

Madame la Cheffe de la représentation en France de la Commission européenne,

Monsieur le Commissaire Européen,

Mesdames, Messieurs les membres des délégations étrangères,

Mesdames, Messieurs,

Chères Grenobloises, Chers Grenoblois,

Soyez toutes et tous, mesdames et messieurs, les bienvenu-es dans notre ville, ici, à Grenoble. Ici, ensemble, nous ouvrons les nouveaux chemins de la prospérité.

Soyez les bienvenu-es au cœur des Alpes, ce château d’eau de l’Europe, ce « poumon bleu » de l’Europe, et qui donnent identité, histoire et relief à 8 pays de notre continent, de la France à l’Italie, de la Suisse à l’Allemagne, de la Slovénie à l’Autriche.

Au fil des siècles, ces Alpes qui nous bordent et nous magnétisent, ces Alpes qui nous élèvent, et que l’on contemple chaque matin, au fil des siècles, ces Alpes ont été bien plus que le décor de notre histoire – de notre histoire à nous, européen-nes. Elles ont forgé notre histoire, elles ont bâti nos prises de conscience, à nous, européen-nes.

Des éléphants d’Hannibal aux maquisard-es du Vercors, elles ont vu aller et venir les armées, dans un sens puis dans un autre. Elles sont la lisière des nations. Elles ont entendu parler et chanter toutes les langues dans leurs vallées et, tout autour d’elles, et à travers elles, elles ont vu naitre les Républiques et elles ont vu mourir les empires. Elles ont vu les expéditions scientifiques, et l’audace des alpinistes braver tous les risques, et s’élancer jusqu’au sommet de l’Europe. Ici, l’histoire et la géographie ne forment qu’un.

Depuis des siècles, elles ont servi de refuge aux épris-es de la liberté, aux résistant-es et aux enfants, aux poètes-ses et aux amoureux-ses, à celles et ceux qui étouffent dans l’air parfois trop chargé des grandes villes de la plaine.

Et aujourd’hui, comme depuis toujours, elles sont au carrefour des routes de l’Europe et du monde, au carrefour de notre époque, de ses drames et de ses défis.

En tant que maire des Alpes, j’ai tenu à me rendre, avec le Sénateur Guillaume Gontard, à la frontière franco-italienne, au Col de l’Echelle, perdu sous plus d’un mètre de neige l’hiver. Là-bas, à quelques dizaines de kilomètres d’ici, nous avons vu ces exilé-es jeter leur dernière force, franchir cette ligne d’arrivée imaginaire, cette ligne d’arrivée imaginaire d’une course de plusieurs milliers de kilomètres.

Nous avons vu l’absurdité de ces frontières, occupées à fragiliser au lieu de protéger. C’est dans la colère, et dans le deuil, que nous trempons notre détermination à continuer de faire de notre ville une ville refuge, une ville de l’hospitalité, ou une ville monde. C’est notre façon à nous d’être européen-nes.

En tant que maire des Alpes, je vois tous les jours, nous voyons tous les jours autour de ma ville, dans ma ville, les conséquences du climat qui devient fou.

Ici, un glacier qui meurt, dans un silence terrifiant. Là, un pan de montagne qui s’écroule emportant sur son passage les pans d’une petite commune de montagne. Ce sont des routes qui ferment, des villages qui meurent. Des vallées sans fleurs, où l’on n’entend plus le chant d’un oiseau le matin, et plus un grillon la nuit. Ce sont des hivers sans neige. Et des étés brulants. C’est un monde qui disparait. C’est un monde nouveau, que nous devons choisir, et aider à naitre. Ici, nous avons commencé.

Ici, le climat devient fou deux fois plus vite qu’ailleurs et les scientifiques sont formel-les : en 2050, notre territoire des Alpes connaitra plusieurs semaines de canicules en été, et une absence de neige l’hiver. Des automnes humides et des printemps sujets aux inondations. C’est notre horizon. C’est la vérité, notre réalité, le cadre dans lequel la Ville de Grenoble et ses partenaires agissent au quotidien pour relever le défi du climat. C’est notre boussole pour changer la vie, pour garantir à chacun-e toutes les sécurités nécessaires pour vivre dignement aujourd’hui et demain, du logement à l’alimentation, des mobilités à l’énergie en passant par les sciences, la culture et la démocratie citoyenne.

Soyez les bienvenu-es ici, au cœur des Alpes, soyez les bienvenu-es à Grenoble, la nouvelle capitale verte de l’Europe !

Au nom de la Ville de Grenoble, je tiens une nouvelle fois à remercier la Commission Européenne pour le titre de Capitale Verte qu’elle a donné à notre territoire.

Ce titre, il nous honore.

Grenoble, c’est la ville du temps d’avance.

(La ville où éclate l’étincelle de la Révolution Française, 1 an avant la prise de la Bastille, en 1788. La ville qui fonde les premières mutuelles ouvrières de France, plus d’un demi-siècle avant la généralisation de la sécurité sociale. Grenoble, c’est la ville qui, dès la fin du 19e siècle, quand le monde s’enfonce sous terre à la conquête du pétrole, fait le pari des énergies renouvelables, celles qui ruissellent des glaciers, avec la houille blanche. Grenoble, c’est la ville qui redonnait toute sa place aux piétons quand la France accélérait dans le tout-voiture, la ville qui a lancé le grand retour du tramway dans les années 80 quand la mode est aux autoroutes et aux autoponts qui défigurent nos villes. Par tradition, et par ambition, notre territoire anticipe, organise et accompagne les changements à venir).

Porté-es par nos valeurs, par notre histoire, nous bâtissons un présent digne et, nous l’espérons, un futur meilleur. Nous l’espérons car ce titre, pour nous, est bien plus qu’une formidable reconnaissance pour le chemin parcouru.

Ce titre, mesdames et messieurs, c’est un encouragement.

A aller plus vite, plus haut, plus fort.

Dans tous les domaines. A tous les niveaux. Par-delà les différences partisanes et géographiques. Ici les communes de grande taille et les villages, les campus universitaires et la ruralité avancent ensemble. Voilà pourquoi nous avons déployé plus de 54 défis, sur l’année, pour que chaque secteur d’activité donne le meilleur et avance avec les autres. De l’énergie à la qualité de l’air, des déchets aux mobilités, de la biodiversité aux nuisances de la ville.

Oui, j’étais à la Cop26 il y a quelques semaines pour porter notre territoire, faire entendre l’espoir. J’ai mesuré les frustrations devant ce rendez-vous manqué. J’ai vu cette jeunesse qui avait tant à dire et que si peu acceptaient d’écouter.

Voilà pourquoi, ami-es jeunes activistes du climat, je vous remercie du fond du cœur pour vos engagements, pour vos batailles face aux géants qui mettent notre monde en miette, et pour vos mots, aujourd’hui à Grenoble. Votre courage nous inspire, il ouvre un chemin et chaque jour je me lève en pensant à votre génération, à celle de mes enfants, à celle qui connaitra de plein fouet les bouleversements du monde, et c’est aussi pour vous que je reçois ce titre comme un encouragement à aller plus vite, plus haut, plus fort. Vous êtes ici chez vous car Grenoble est la deuxième maison de toutes celles et tous ceux qui se lèvent pour le climat.

Quand je suis dans les écoles de Grenoble, sur les marchés, les petit-es et les grand-es Grenoblois-es me parlent d’une seule et même chose : elles et ils me parlent de leur avenir. De leur futur. De celui de leurs enfants. Car il est là notre défi.

Elles et ils n’en peuvent plus d’avoir peur du futur.

Elles et ils ne veulent pas grandir, vieillir, dans l’impuissance. En se disant qu’on file droit vers la violence, vers les catastrophes.

A ces insécurités qui s’expriment, à ces peurs, à ces angoisses, aujourd’hui, au cœur des Alpes, ensemble, nous répondons.

Nous répondons que le sens de notre action c’est d’ouvrir les nouveaux chemins de la prospérité.

Ouvrir les nouveaux chemins de la prospérité, c’est notre marque de fabrique à Grenoble, à chaque époque. Il y a un demi-siècle, dans les années 60, notre territoire s’était déjà rassemblé pour se transformer, pour se lancer dans cette modernité des trente glorieuses. C’étaient les jeux olympiques d’hiver de 1968, dont nous voyons toujours l’empreinte dans Grenoble.

Aujourd’hui, plus de 50 ans plus tard, nous avons ce même défi à relever, autour du climat. Le même défi : nous rassembler, nous transformer et prendre un temps d’avance. Démarrer ici, aujourd’hui et maintenant, la prospérité de demain. Ici, nous avons commencé.

La prospérité, c’est la science, c’est la santé, et Grenoble est fière de s’appuyer sur une recherche fondamentale dynamique, sur des chercheur-ses et sur des praticien-nes innovant-es, engagé-es pour décrypter ce qui change, et ce qui ne change pas, les mal-être, apporter les réponses qui expliquent, qui soignent et qui protègent, de la pollution de l’air à l’hôpital couple-enfant. Nos laboratoires de glaciologie éclairent le monde entier sur les dérives en cours, sur l’avenir de nos glaciers et de nos banquises.

Voilà pourquoi nous sommes très fier-es d’adosser cette année capitale verte à un conseil scientifique chargé d’animer les controverses, de s’assurer du bon niveau du débat public et d’affiner les décisions prises par nous, les élu-es.

La prospérité, c’est la vitalité économique, et des entrepreneur-ses qui créent les emplois de demain, qui structurent les filières d’avenir, connectées au territoire. C’est le commerce de ville, que Grenoble porte à bout de bras contre les géants du web et les centrales commerciales qui transforment nos villes en désert. Ce sont les entreprises, mondiales ou locales, qui embauchent les talents de demain formés dans les universités d’aujourd’hui. C’est l’artisanat qui se réinvente pour fluidifier et embellir notre quotidien. C’est aussi accompagner et protéger celles et ceux qui subissent et cumulent les discriminations et les violences.

La prospérité, c’est la culture et la libre circulation des idées, des savoirs, des histoires. Grenoble est fière de mettre la culture au cœur de son année capitale verte européenne, et au cœur de cette cérémonie qui s’ouvre aujourd’hui. Nous avons un monde à inventer, à rêver, à bâtir ensemble. Nous avons besoin des arts. Nous devons être à l’affut des possibles en sommeil autour de nous et en chacun-e de nous. Voilà pourquoi l’école, encore l’école, toujours l’école, est et restera ma priorité. Pour donner à notre jeunesse les clés et les outils : on se connait mieux soi-même quand on comprend le monde qui nous entoure.

Ici, à Grenoble, nous savons que le progrès de toutes et tous est impossible aussi longtemps que dure la misère de certain-es. C’est cela, aussi, la prospérité. C’est la vie digne. La prospérité, ce sont les services publics, bien sûr. En proximité, au coin de la rue jusqu’à ceux qui servent dans toute la région. De l’antenne de mairie à la maison des jeunes, des bibliothèques aux commissariats. Sans eux rien ne sera possible. Pour faire grandir l’essentiel, pour tenir à distance la cupidité et l’approche comptable de la vie qui nous mène droit dans le mur.

Ce que nous sommes en train d’accomplir à Grenoble, mesdames et messieurs, c’est l’installation de cette nouvelle prospérité. Une prospérité qui engendre, qui crée, et non plus une prospérité qui prive, qui détruit, qui réduit notre environnement, qui réduit les grenobloises et les grenoblois à n’être que des ressources au service d’une machine économique qui les brule tous les deux ensemble dans un même feu. Ici, nous avons commencé, et il reste tant à faire.

Voilà l’ambition de Grenoble, depuis toujours.

Voilà l’ambition qui porte l’année qui s’ouvre.

L’ambition de cette année capitale verte de l’Europe.

Ici, nous avons commencé. Et, tous et toutes ensemble, je vous propose de continuer.

Je vous remercie !